Grace, une Américane à Monaco

Elles sont aujourd’hui des icônes pour le monde entier parce que des photographes ont su saisir leur magie. avant Jackie Kennedy et Lady Di, voici Grace de Monaco sous le regard de Howell Conant.

Le 04 août 2012 | Mise à jour le 04 août 20124

PAR CATHERINE SCHWAAB

«Son point fort, c’est son joli nez. Fin, peu proéminent, les narines frémissantes, il ne fait pas d’ombre dans son visage carré…» le photographe Cecil Beaton tentait de définir l’indéfinissable. Cette incroyable photogénie jamais démentie dans la réalité. Sur papier glacé comme en vrai, Grace Kelly, c’est un bain de jouvence pour le regard. Une esthétique qui régénère, impose sa «grâce» tout en douceur et en harmonie. Mais il y a plus que sa beauté pour capter l’objectif. Plus que l’équilibre parfait entre la bouche, les pommettes, les sourcils et le front. Plus que la blondeur, la peau lumi- neuse, les attaches fines… Grace dégage autre chose: une distinction princière, une allure mode, et des promesses. Toute l’ambiguïté des années 50.

Grace vogue vers Monaco sur le « Constitution », en avril 1956. Leica enmain, Howell Conant est à plat ventre, photographié par Walter Carone. © Walter Carone
Grace vogue vers Monaco sur le Constitution, en avril 1956. Leica enmain, Howell Conant est à plat ventre, photographié par Walter Carone.
© Walter Carone

Après les garçonnes charleston outrageusement maquil- lées des années 20, après les pin-up arrogantes et un rien vul- gaires de la guerre et de l’après-guerre, Grace Kelly incarne le chic, tout en laissant deviner le sulfureux. Et pas seulement à partir des films de Hitchcock. Toute jeune fille, elle sait passer de la sainte nitouche comme l’imaginent ses parents à la ravissante poupée au sourire qui tue. D’ailleurs, quand un boyfriend vient la chercher à la maison, elle fait comme dans les films pour teenagers: elle sort cheveux tirés, le teint pâle et le chemisier caché sous un pull épais. Arrivée à la soirée, elle disparaît aux toilettes et en ressort transfigurée, rouge à lèvres, cheveux lâchés et la poitrine drapée de dentelle.

Américaine élevée à la dure dans une famille puritaine et farouchement catholique, elle maîtrise comme personne l’art de la transgression. Au «college», à 16 ans, son attitude sage et bien élevée met le feu aux post-ados copains de son grand frère. lizanne, la benjamine, se souvient du défilé des prétendants qui faisaient semblant de passer à la mai- son pour Kell, mais n’avaient d’yeux que pour sa sœur. Un copain: «Elle était très belle, évidemment, mais aussi rieuse, bonne camarade. Surtout, elle savait se taire, vous mettre en valeur, jeter sur vous ce regard admiratif qui vous donne des ailes. Certaines filles n’apprendront jamais.»

Grace, elle, sait cela d’instinct. Réserve, discrétion, tenue. Féminité délicate. voire vulnérabilité qui appelle au secours. Plusieurs anciens amants avouent leur virilité flattée: «on avait une folle envie de la protéger.» Ses débordements sensuels, elle les garde pour l’intimité. Car la demoiselle distinguée n’est pas bégueule. l’artiste Don Richardson, son prof d’art dramatique et son amoureux, resté un ami indéfectible, ne se lasse pas de raconter «cette fille si élégante en manteau en poil de chameau, qui ramassait de vieux cartons d’emballage dans Broadway enneigé pour faire du feu dans ma garçonnière»…

Trentenaire sérieux, Richardson se retrouve piégé par une excitation érotique tout à fait réciproque. «le lendemain de notre première nuit, je me suis rendu compte que j’avais fait une chose épouvantable: j’étais le prof de cette fille! C’était comme un psychiatre qui aurait eu une relation avec une patiente.» la «patiente» est folle de lui, et lui se découvre «amoureux de cette créature incroyablement attirante, la plus belle fille que j’aie jamais vue»… leur romance doit rester secrète. l’élève Grace Kelly s’en accommode très bien: la semaine, elle continue de batifo- ler avec son boyfriend étudiant, Herbie Miller. Et tous les week-ends, dans son chic manteau, mademoiselle déménage dans la 33e Rue! Richardson: «Il y avait une différence phé- noménale entre son image et sa vraie personnalité. En privé, elle n’avait rien d’une nonne. Elle aimait danser pour moi sur une musique hawaiienne. Un spectacle fantastique. Elle était vraiment très… sensuelle» on imagine cette beauté inaccessible ondulant en petite tenue – ou sans tenue du tout – au rythme de l’ukulélé…

Toute son existence, elle tentera d’éblouir son père. En épousant Rainier, elle réussit enfin

Plus tard, quand elle connaîtra la gloire et les plus grandes stars hollywoodiennes, elle ne perdra rien de cette secrète démonstrativité. A l’époque, on ne se serait pas permis de parler de «bon coup», mais ses amants furent una-nimes: de l’acteur français Jean-Pierre Aumont – resté un ami – au couturier oleg Cassini qui rêvait de l’épouser, de william Holden à Ray Milland, prêts à quitter femme et enfants pour elle, sans parler de Bing Crosby, désespéré par son refus, de l’Aga Khan ou du shah d’Iran qui la couvraient de diamants et d’émeraudes… tous s’avoueront ensorcelés.

Qui eût imaginé un tel volcan sous la jupe new-look tombant jusqu’à mi-jambe? C’est tout le charme rétro de ces années-là. On défend les apparences comme dans les publicités où la jeune Grace joue les ménagères idéales en tablier à volants, on cache son décolleté au concert sous l’étole de léopard, et au dîner de gala, entre deux bouffées de cigarette old Gold, on appuie subrepticement le regard, la main sur le briquet en platine, et tout est dit.

Grace Kelly a le tempérament passionné de son père Jack, qui collectionna les maîtresses, et la rigueur de sa mère, Margaret, qui éleva ses enfants à la prussienne et sut fermer les yeux sur les incartades de son homme. Mais contrairement à ce père brutal (qui la prendra en grippe parce qu’elle n’est pas très sportive), Grace évolue dans la subtilité. Avec un savoir-faire inné, elle laisse à peine deviner ses pulsions sous le twinset de cachemire ou le fourreau Edith Head. Son père, ex-champion d’aviron, ex-maçon et self-made-man, a beau être devenu millionnaire, il ne comprendra jamais pourquoi sa fille s’est muée en icône planétaire. «Elle est bien la dernière dont j’aurais pensé qu’elle gagnerait de quoi m’entretenir!» Toute son existence, Grace tentera d’éblouir cet homme rustique qui a probablement conditionné sa vie amoureuse, en perpétuelle quête de figure paternelle. quand elle épousera le prince Rainier, elle réussira enfin à le bluffer. Invité au palais, le vieux Jack, décidément mesquin et déplaisant, se montrera désagréable envers son beaufils, car celui-ci est impossible à dominer. «Chez nous, tout reposait sur la compétition, soupirera Grace. Même l’amour…»

De sa mère, Grace n’a jamais oublié l’insurpassable importance de la discipline. C’est ainsi qu’elle réussira à balayer son accent pennsylvanien, et à poser sa voix nasillarde. C’est aussi grâce à cette application acharnée qu’elle tournera en cinq ans quelques-uns des plus grands films de l’histoire du cinéma. Hitchcock sait si bien exploiter son allure lointaine et virginale, lui qui trouve que les brunes «portent leur sexualité en bandoulière»! Avec Grace Kelly, il donne libre cours à sa géniale perversité. Tout dans le sous-entendu, l’approche détournée, progressive. Il faut revoir Fenêtre sur cour, avec James Stewart et l’extraordinaire défilé de tenues de l’héroïne secrètement amoureuse du reporter. En mousseline asymétrique, en robe ras du cou, en décolleté en pointe, en chemisier, en chignon, en collier de perles… Grace Kelly sort le grand jeu et affole le spectateur avec ce port de tête impeccable, épaules descendues, buste immobile, démarche glissante. Mais qu’attend-il pour lui sauter dessus?

A Monaco, Grace se marie en robe MGM signée Helen Rose, se fait livrer chaque mois ses vitamines, confitures, bas nylon, jambons américains – sans parler du bourbon du Ken- tucky, le favori de Rainier. Mais elle s’imposera des efforts terribles pour se montrer à la hauteur de ses fonctions offi- cielles. le protocole l’épuisait, la gestion du personnel du château – plus de cent personnes –, l’accablait, les assauts des paparazzis la minaient, elle a mis des années à s’expri- mer avec fluidité dans la langue de Molière, son mari qui travaillait non-stop était peu présent et souvent énervé… Bref, si elle n’avait pas eu ses enfants adorés, on se demande comment aurait évolué le «conte de fées». Commentaire de Don Richardson, avec lequel elle entretiendra une corres-pondance toute sa vie: «Elle s’est sacrifiée pour les siens.» Comment supposer, sous les ors et l’élégance légendaire, les peines et les découragements de celle qui devint l’emblème le plus éclatant de la Principauté? «Never complain, never explain.» le leitmotiv de la royauté anglaise.

Retrouvez les plus belles photos de Grace Kelly par Howell Conant dans Paris Match n°3298 du 2 au 8 août 2012

Source: parismatch.com

Annunci

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione / Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione / Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione / Modifica )

Google+ photo

Stai commentando usando il tuo account Google+. Chiudi sessione / Modifica )

Connessione a %s...